
Samuel CHENAL, Membre du Conseil d’administration itopie
itopie a toujours défendu en toile de fond le non-dépassement des limites planétaires, le climat étant probablement la plus médiatisée d’entre elles. Concrètement, la coopérative promeut la réparation et la revalorisation informatique, une de ses activités historiques. Le lien de causalité entre ces deux activités et le climat n’est pas toujours facile à expliquer, essentiellement parce qu’il est indirect. Réparer et revaloriser défendent un but commun : prolonger la durée de vie des appareils numériques le plus longtemps possible pour réduire la production de nouveaux appareils, fort gourmands en ressources naturelles, en eau et en énergie. C’est comme pour le “négawatt” : éviter l’achat d’un ordinateur neuf, c’est toujours bien plus efficace du point de vue environnemental que d’essayer de réduire après coup les externalités négatives générées par la production d’un nouvel appareil.
Notre combat pour une informatique plus éthique et durable inclut également les logiciels libres au profit des logiciels propriétaires. Là encore, le lien entre les communs numériques et le climat est indirect. On l’explique notamment par l’absence d’obsolescence programmée et de verrous commerciaux des Big Tech, dans les logiciels libres. On se souvient de la politique choquante de Microsoft imposant des prérequis techniques absurdes au passage à Windows 11. Conséquences : une mise au rebut massive de PC tout à fait fonctionnels et, ironie du sort, une vague sans précédent d’adoptions du système d’exploitation libre GNU/Linux, pour continuer à utiliser son matériel. Là encore, ce qu’on ne produit pas, ne pollue pas.
Le dernier défi en date auquel itopie s’est attaqué, c’est l’intelligence artificielle et en particulier, l’IA générative de masse, celle qui est proposée par les Big Tech étasuniens. Si elle peut fasciner par ses capacités extraordinaires, sa production et son utilisation se révèlent particulièrement toxiques pour l’environnement, la société, l’emploi, la démocratie, notre libre arbitre et nos capacités cognitives. Dans cette course effrénée à celui qui aura l’IA la plus démesurée, les nouveaux datacenters géants requièrent des puissances électriques faramineuses, jusqu’à dépasser les 1’200 mégawatts, soit la puissance d’une centrale nucléaire… ou de celle cumulée de 29 turbines à gaz de 42 mégawatts pièce.
Le lien avec le climat est cette fois-ci on ne peut plus flagrant. Il devient donc urgent de refuser cette injonction absurde à monter dans le train de l’IA générative de masse. En réponse, nous devons cultiver nos liens, nous reconnecter avec le vivant, nourrir notre réflexion par la lecture et les échanges et réduire notre dépendance au numérique.
Sources :
• https://www.courrierinternational.com/article/ia-les-data-centers-carburent-au-gaz-naturel_240514
• https://www.crusoe.ai/data-centers https://boomsupersonic.com/superpower
• https://www.brockovichdatacenter.com/
• https://www.itopie.ch/principes-valeurs/manifeste-numerique/
