Une écologie qui donne envie ? Les impulsions de Cyril Dion

Dr Jean Martin
Médecin en santé publique et bioéthicien, ancien médecin cantonal vaudois, membre de la Commission scientifique de GPclimat Suisse

2025, c’était l’anniversaire de la sortie du film « Demain », le documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent qui à la surprise de tout le monde, en premier lieu de ses auteurs, a été un succès quasi-planétaire, en tout cas international. Devant un futur que les scientifiques annoncent préoccupant, ce film a la particularité de ne pas donner dans le catastrophisme. Adoptant un point de vue plutôt optimiste, il recensait des initiatives dans dix pays face aux défis environnementaux et sociaux du XXIe siècle, qu’il s’agisse d’agriculture, d’énergie, d’économie, d’éducation ou de gouvernance.


A cette occasion, Cyril Dion rassemble dans un livre (« La lutte enchantée », Actes Sud, 2025), les chroniques hebdomadaires qu’il a données sur France Inter de septembre 2024 à juin 2025. Des éléments marquants (voir aussi Le Temps, 6 décembre 2025, page 30). 


Peut-être devrions-nous passer moins de temps à parler encore et encore des catastrophes à venir, et plus de temps à jeter les bases d’un monde nouveau, où on mange moins de plastique et de pesticides… un monde où on partage les objets… Exemple : Au lieu de vouloir une  » écologie punitive qui prive les automobilistes de leur voiture », il s’agit plutôt de dire aux gens « Nous allons tout faire pour vous libérer de votre voiture, qui coûte cher et qui pollue. Et vous donner les moyens de vous déplacer sans avoir à payer un plein d’essence, une assurance etc. grâce à des transports en commun plus nombreux, des voitures électriques partagées, des vélos – et nous sauverons près de 100’00 personnes par an » (nombre estimé de décès annuels en France dus à la pollution selon une étude de l’université de Birmingham). 


L’auteur s’engage pour un nouveau récit collectif qui mette un terme à la « fiction capitaliste, seul viatique du monde occidental depuis que Margaret Thatcher a dit « There is no alternative »… « Je crois que nous avons besoin désormais de films qui imaginent comment nous en sortir, d’histoires dont l’amour est une dimension (oui !), qui décrivent des mondes où nous partageons la planète avec les autres espèces, où le capitalisme a disparu ». Car lutter c’est aussi réenchanter nos vies, en montrant qu’elles tirent bénéfice d’états d’esprit et de comportements plus en harmonie avec l’autre, plus sobres (« il y a quelque chose de libérateur dans la sobriété »), qui tiennent mieux compte de ce que nous savons.


Cyril Dion, pour ne pas perdre espoir devant les cynismes et fake news (y compris celles des colporteurs de doutes au service des puissants qui minimisent les enjeux), recommande trois façons d’agir :
– D’abord celle, privée, de réduire notre consommation de matière et d’énergie,
– Dans le domaine de notre activité professionnelle, rechercher les moyens de la rendre plus durable, d’influencer les pratiques nuisibles/émettrices de CO2, de conscientiser.
– Créer un rapport de force avec les gouvernements, les multinationales, les banques et les grandes fortunes qui empêchent le changement. Moyens : manifestations, interpellations des politiques, désobéissance civile, actions en justice, engagements en politique et dans les ONG, présence vigoureuse/campagnes sur les réseaux sociaux etc – sans exclure le boycott des grandes entreprises climaticides, 


On nous dira que ce n’est pas très nouveau, qu’on s’efforce, depuis des années déjà, d’œuvrer sur ces créneaux. C’est vrai, mais la persévérance de Cyril Dion est tonique. On l’espère même enthousiasmante.