Après le 14 juin : il faut freiner Prométhée !

Dr Jean Martin
Médecin en santé publique et bioéthicien, ancien médecin cantonal vaudois, membre de la Commission scientifique de GPclimat Suisse

Des écologistes convaincus ont voté oui à « Pas de Suisse à 10 millions ». A cette occasion, il faut voir le vrai signal d’alarme que représente la forte ambivalence d’électrices et d’électeurs opposés à une Suisse qui s’enferme dans un bocal tout en ayant une vive conscience des défis posés au vivre-ensemble, en termes d’espace vital et de sa qualité, d’usage des ressources, de mobilité. Ces questionnements légitimes doivent être enfin abordés. Nous devons modifier notre course actuelle, revoir notre théorie et notre pratique de la croissance. On a beau la vouloir qualitative, on n’échappera pas au débat sur la décroissance. Ce n’est pas un « vilain mot », dans différents domaines il faut l’envisager concrètement, tirer la conséquence de ce que nous savons : la croissance sans frein, avec la recherche de profits sans fin, est une voie sans issue vivable.


Il faut freiner Prométhée, symbole pour les Grecs anciens de la démesure qui repousse les limites par le progrès technique ! L’idée n’est pas de revenir à la bougie (critique usuelle, de mauvaise foi) mais de procéder à un point de situation critique – puis de changer. Conseil fédéral et parlement, instances cantonales et communales ne feront preuve de hardiesse qu’aiguillonnés par la société civile. Des collectifs, des ONG, des mouvements citoyens se mobilisent. A défaut de solutions toutes faites, qu’ils ouvrent une concertation avec les politiques, les secteurs public et privé : des Assises de la croissance raisonnée, pour recenser les propositions pertinentes, en imaginer d’autres, les hiérarchiser et présenter à la collectivité des mesures concrètes. Il est plus que temps de s’y atteler, en général et dans/pour ce pays.