Optimiste ou pessimiste (2)

Je reviens sur le propos tenu dans mon premier billet à propos de l’optimisme raisonnable ou le pessimisme radical (question posée par l’écrivain Emmanuel Carrère).

Nous avons vu, dans nombre de pays européens, le déferlement de tracteurs de paysans en colère, notamment contre des mesures visant à mieux protéger notre bio diversité et réduire les pollutions. Oublions les promesses vaseuses des divers gouvernements, notamment de la France. Elles ne résoudront pas grand-chose. En Suisse, le ton est aussi un peu monté mais plus en douceur.

Une fois encore, le problème est mal posé. Oui, nombre d’agriculteurs peinent à vivre de leur métier, même si de grosses entreprises, elles, s’enrichissent sans problèmes. Mais, n’est-il pas aberrant de voir sur nos étalages de marchés ou de grandes surfaces des marchandises importées de lointaines contrées et vendues meilleur marché que des produits locaux ? Comment justifier, pour ne prendre qu’un exemple, que des vins californiens coûtent moins chers que des vins genevois ?

Nous connaissons la réponse. Soit ces vins ou d’autres aliments ou boissons sont subventionnés dans leur pays d’origine. Ou les producteurs y sont très mal rétribués. Ou la qualité n’est en rien comparable avec ce qui sort de nos terres. Et si, pour protéger nos productions, l’on taxe trop ces denrées étrangères à nos frontières, certaines de nos exportations seront elles aussi surtaxées ailleurs en guise de représailles. Donc, on accepte cette concurrence de fait déloyale en compensant en partie par des paiements directs aux agriculteurs.

Nous voilà au cœur du débat. Les produits locaux devraient impérativement coûter moins chers que des marchandises identiques étrangères. Ensuite, nos producteurs locaux devraient pouvoir vivre de leur activité. On nous rétorquera que certains légumes, vins, fromages, suisses coûteraient trop chers sans les subventions fédérales aux producteurs. Mais quiconque lit le journal «Bon à savoir» ou celui de la Fédération des consommateurs (FRC) sait que les grandes entreprises comme Migros ou COOP, pour ne prendre que ces deux exemples, se taillent des marges de bénéfices indécentes.

Donc, si l’on reprend le problème à la base, il importerait de donner une priorité absolue aux denrées locales ou produites dans un rayon proche. Ensuite, les prix devraient permettre aux producteurs de vivre décemment. Et si des subventions s’ajoutent, elles devraient concerner la protection du paysage, de la biodiversité, et des choix de base comme la production bio.

On peut ajouter ici qu’il n’y a pas si longtemps, la part du budget des ménages consacrée à l’alimentation était bien supérieure à celle d’aujourd’hui. Et l’on revient à la responsabilité des citoyens, surtout dans une démocratie directe comme la nôtre. Si, demain, le peuple était appelé à s’exprimer sur le prix des aliments, habits et autres denrées, la majorité préférerait certainement des produits bon marché, même venus d’ailleurs, même de qualité médiocre, même ultra transformés.

Voyons donc les yeux ouverts l’immense travail qu’il reste à faire pour amener une majorité à se comporter de manière responsable.

Patrice