Climat : des mesures sociales fortes

Pierre Meyer

Journaliste
Membre du Comité de Gpclimat-GE

 

Mois après mois, les chiffres des températures sur le globe ne cessent de battre des records. Ainsi, selon l’institut Copernicus, le mois d’avril dernier est le plus chaud jamais enregistré sur la planète, comme les dix mois qui l’ont précédé. S’il fallait une confirmation de cette hausse continue des températures, la revue Nature vient de rendre publique que, dans l’hémisphère Nord en dehors des tropiques, l’été 2023 a été le plus chaud jamais enregistré depuis deux mille ans, avec une température moyenne estivale de plus de 2 °C.

Difficile désormais de contester, de bonne foi, que la Terre se réchauffe, et même plus rapidement que jamais. Malgré l’accumulation des preuves, l’origine anthropique de l’emballement est certes encore contestée, mais le débat se cristallise aujourd’hui davantage sur le coût social de la transition énergétique et écologique. Un terrain laissé malheureusement en jachère, mais dont les forces politiques national-populistes se sont désormais emparé pour s’opposer, avec agressivité, à toute politique climatique.

Ainsi, la résistance actuelle à la mise en œuvre de mesures favorables au climat relève moins du déni que de la peur panique de déclassement qu’engendre, auprès des citoyens à revenus modestes ou moyens, la perspective d’un renchérissement incontrôlé des dépenses au quotidien : hausse des prix de l’énergie et de l’alimentaire, notamment.

L’exemple de la voiture électrique est à cet égard éclairant. Le prix stratosphérique de ces véhicules « propres » – équivalent à une année de salaires, voire davantage pour beaucoup – fait, en quelque sorte, référence pour tout ce qui pourrait advenir en termes de mesures contre le réchauffement climatique. A savoir que tout deviendra inabordable pour les revenus bas et moyens, notamment dans une période où se percutent inflation, hausse continue des loyers et des primes-maladie et baisse des salaires réels.

Le drame est que la droite dure en profite éhontément, en Suisse comme en Europe, en courtisant avec gourmandise les suffrages de ces « réfugiés » climatiques. Le défi, immense, est désormais de ne pas laisser ce terrain aux forces populistes et de proposer des mesures sociales d’accompagnement fortes pour rendre compatible fin du mois et fin du monde. Surtout à l’égard de citoyens dont l’empreinte carbone (choisie ou contrainte) est comparativement faible par rapport à ceux qui, aujourd’hui, ont la bonne conscience de rouler électrique, tout en ne mettant aucun frein à leur soif de consommer.

Dans ce contexte, une grande partie de la population se sent piégée par des choix climatiques, sur lesquels elle estime n’avoir que peu ou pas de prise, mais qui vont directement impacter son pouvoir d’achat, sans que les avantages à moyen et long terme, en matière de santé ou de qualité de vie, apparaissent immédiatement pertinents.

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